LE SOUS-SOL DE LA PEUR (The People under the stairs)

de Wes Craven. 1991. U.S.A. 1h42. Avec Brandon Adams, Everett McGill, Wendy Robie, A.J. Langer, Ving Rhames, Sean Whalen.

Sortie en France le 15 Janvier 1992, U.S.A: 01 Novembre 1991.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl « Wes » Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l’Ohio.
1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l’Amie mortelle, 1988: l’Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t’aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

Deux ans après la récréation délirante Schocker (et son nouveau serial-killer 3000 volts !), Wes Craven retourne derrière la caméra pour livrer l’un de ses films les plus insolites et saugrenus qui soit. Conte macabre ancré dans le cynisme dépeignant l’avilissement de la bourgeoisie au profit des exclus de l’immigration, Le sous-sol de la peur est un film inhabituel illustré d’une manière cartoonesque, entre drôlerie sardonique, horreur malsaine et cruauté humaine où les enfants maltraités sont les héros.

Dans un quartier défavorisé, un couple de psychopathes, kidnappeurs d’enfants, règnent en maître sur la population depuis des décennies en louant des immeubles à prix exorbitant après avoir exercé dans les pompes funèbres. Deux délinquants à la petite semaine accompagnés d’un enfant dont la mère atteinte d’une tumeur ne peut plus subvenir à ses besoins, faute d’argent, vont tenter de cambrioler la demeure des odieux tortionnaires.

Le sous-sol de la peur donne l’impression d’être un film vraiment à part dans la carrière de Wes Craven pour son mélange des genres octroyés à une féroce satire sociale. Une série B passée inaperçue à l’époque de sa sortie, d’autant plus déroutante qu’elle est dirigée par deux enfants de moins de 12 ans retenus prisonniers contre leur gré par des adultes alors que le thème de la pédophilie est à peine implicite !
La narration diablement troussée empreinte de prime abord la voie du conte de fée, façon Hansel et Cretel remis au goût du jour dans un contexte urbanisé et une violence brutale reflétant les conséquences d’une société réfutant la parité des différentes couches sociales. La forêt étant ici remplacée par la ville, la chaumière transformée en vaste demeure falsifiée de pièges à chausse trappe et la sorcière substituée à un couple perfide de propriétaires dont l’appât du gain les a transformé en véritables psychopathes avides de pouvoir et d’orgueil. Un frère et une soeur xénophobes, pervertis par la spéculation commerciale et l’ennui de la routine, entièrement alloués au contrôle sécuritaire et à l’esprit de domination pour s’accaparer de la vie des défavorisés en emprisonnant quelques enfants dans leur cave mortifère.

C’est à la suite d’un cambriolage ayant mal tourné qu’un adolescent va se retrouver embrigadé dans la demeure des nouveaux monstres contemporains. Rapidement, il va faire la rencontre d’un jeune adulte mutiste réduit à l’état sauvage, caché dans les cloisons murales mais surtout il va se lier d’amitié avec une fillette enlevée depuis sa naissance, totalement déconnectée de ses repères et entièrement soumise par les « Thénardiers » de l’horreur.
Tandis que dans la cave sont entassés depuis trop longtemps des quidams dépravés, livrés à eux mêmes, obligé de pratiquer l’anthropophagie pour subvenir à leur survie.
Durant ce périple de l’enfer engagé dans un lieu clos labyrinthique, les deux enfants vont tenter de s’échapper par toutes les issues possibles de chaque pièce de la demeure investie alors que les propriétaires accompagnés de leur chien rottweiler sont constamment lancés à leur trousse pour les appréhender.

Everett McGill est parfait de cynisme incongru dans le rôle du frère tyrannique adepte de la chasse à l’homme et des tendances sadomasochistes avec sa panoplie putassière de Batman éhonté. Un pédophile inculte empli de maladresse dans sa traque improvisée pour ces jeunes enfants livrés à eux mêmes. Des petits héros beaucoup plus malicieux et agiles que sa hargne primaire et sa lâcheté de s’octroyer d’un chien de défense.
Avec son physique détestable de sexagénaire hautaine et dédaigneuse, Wendy Robie était innée à interpréter de façon renfrognée la soeur sadique avide d’autorité. Un rôle exécrable de mère perverse désirant inculquer l’obéissance et le respect d’une fille maltraitée par l’humiliation, le chantage sordide et la punition expéditive.

Diablement mené à un rythme effréné ne laissant aucun répit au spectateur et aux héros du film, Le sous-sol de la peur est un surprenant délire hybride aussi acide que acerbe dans son mélange de tons passant constamment de l’humour noir à l’horreur malsaine et la cruauté infantile. Cette farce corrosive aussi ludique que cruelle est également une charge féroce contre la haute bourgeoisie vampirisée. Le couple étant représenté comme des gens pervertis et corrompus par l’emprise du pouvoir de leur bien être et de leur fortune, se nourrissant inlassablement des déshérités et des immigrés réduits ici à l’esclavage primitif.

Récompenses: Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1992.

Pegasus Audience Award au festival du film fantastique de Bruxelles en 1992.

Critique par :
Bruno Dussart

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s